|
|
RETRAITE DE SIMON KIMBANGU A MBANZA NSANDA
Par
LUZITISA DIAMBU Narcisse
Presse Kimbanguiste France, Paroisse de Saint-Ouen
Deux
mois seulement après le début de son
ministère
phénoménal le 06 avril 1921 à Nkamba,
les ennemies de Simon Kimbangu complotent
déjà son arrestation. Dès que
l’Etat colonial belge eut constaté les premiers
indices de désobéissance civile, il
s’en servit comme prétexte pour lancer
contre Kimbangu le mandat d'arrêt que les pères
rédemptoristes réclamaient
depuis longtemps souligne l’historien congolais Isidore([1]).
Manifestement il y avait chez les Blancs non seulement les
missionnaires, mais
aussi les commerçants, les hommes d’affaires et
les industriels ayant des
intérêts divergents dans la colonie. Lorsque leurs
plaintes se joignent à
celles des missionnaires blancs.
C’est
ainsi
que le 5 juin 1921 dans la matinée à Nkamba,
Simon Kimbangu rassemble ses disciples pour la prière enfin
d’implorer la
miséricorde divine. Alors le ciel s’ouvrit et tous
ses
disciples purent
contempler la vie céleste et la fanfare céleste
jouant
des mélodies angéliques.
Tombée très amoureuse de cette vie et ne voulant
pas
manquer la béatitude vécue, une des
disciples,
Thérèse
Mbonga, avait demandé à Simon Kimbangu
l’autorisation de rentrer le plus tôt
possible au ciel.
Le
lundi 6 juin 1921, Simon Kimbangu prévient les
pèlerins
présents sur place à
N’kamba en ce
mots : « Mon heure est
arrivée, on va venir
m’arrêter. Mais je
vous en supplie, je ne veux pas que quelqu’un s’y
oppose. Si quelqu’un a peur,
il convient qu’il s’en écarte maintenant
que les ennemis ne sont pas encore
venus. Car Jésus ne nous enseigne pas la
violence ».
Aussitôt
dit, certains fidèles avaient décidé
de
déguerpir.
Parmi les personnes obstinées à rester, il y
avait bien
sûr d’autres qui
étaient farouchement opposées à cette
incursion.
En début d’après midi,
lorsque Léon
Morel est arrivé
à N’kamba avec ses soldats, il
ordonna immédiatement l’arrestation de Simon
Kimbangu.
Cela se passait à
l’entrée de la cité sainte au premier
poste. Les
soldats s’emparèrent de ce
dernier et se mirent à le battre sauvagement. Alors un
villageois prit
l’initiative de lancer un morceau de brique à un
soldat,
Mapunga, lors de cette
opération et le blessa grièvement. De
même on
s’aperçut tôt que la femme
Nionga, originaire de Kiwa, avait été atteinte
par une
balle alors qu’elle s’était
enfuie en brousse.
Son enfant,
Kitangulu avait été
tué à bout
portant
par un autre soldat. Cela incita la
foule d’user d’expédients.
Au
cours des
troubles qui s’y éclatent, Simon Kimbangu est
enfermé dans une maison par quelques soldats. Alors
l’esprit lui ordonne de
fuir. Il ouvre la porte et il s’en va parmi les
soldats qui
montaient sa garde. Du coup, un de leur,
l’a aperçu pendant qu’il
s’éloignait de
la maison. Il mit la main sur lui et un
de ses camarades vint lui prêter main forte. Ils le tinrent
couché par terre
tandis que l’un demanda à l’autre de le
poignarder.
Soudain, un inconnu
apparaît et se met à frapper les soldats
et il réussit à les faire tomber
à terre.
C’est ainsi qu’il se relevait
instantanément
et
prit la fuite en tenant à la main le livre des psaumes de
David
afin de
poursuivre son ministère de prédication
et de guérison dans la clandestinité, se
déplaçant de localité en
localité. Par contre, Pierre Ndangi,
Mbaki et
Thérèse Mbonga sont
arrêtés et
acheminés sur Thysville.
Cette
date du 6
juin1921,
mit fin à une période de 2 mois
exactement consacrée au ministère public de Simon
Kimbangu déclenché le 6 avril
1921. Pendant cette période, il s’abritait
à
Mbanza Nsanda, localité assez
éloignée de
N’kamba où
il avait établi son quartier général.
En
arrivant à Nsanda, il était accueilli par Mfumu
Vuabela,
chef de la localité, Dragon Mavunza et Tuankufu. Ces
personnalités s’entendent
d’entrée de jeu de ne pas livrer Kimbangu aux
autorités. C’est ainsi que mfumu
Vuabela ira aussi s’entretenir avec le chef du village de
Nsumba afin de
protéger le fugitif. Ces chefs conviennent
à leur tour de ne jamais trahir Kimbangu. Ce qui lui permis
de passer
trois mois et cinq jours de clandestinité dans cette
localité sans que l’autorité
ne parvienne à le dénicher. Les hôtes
de Nsanda lui ont témoigné leur
solidarité et lui ont réservé un lopin
de terre pour exercer ses activités, une
sorte de place du 6 avril de Nsanda.
Toutefois,
avant de commencer sa séance de guérison
à
N’kamba, il allait d’abord prier à Dimba
Mfuma, autant il le faisait à Nsanda à
un endroit bien précis. Cependant, les malades
guéris par Kimbangu, il les
envoyait se baigner à Kizi, une source intarissable
d’eau bénite, ayant des
vertus similaires à celle de Sima à
N’kamba. Par contre, il était
hébergé chez
Dragon Mavunza contrairement à John Lumbuende, nom
indiqué dans le jugement de
Kimbangu.
Egalement
dans cette localité, il avait porté son fils
aîné,
Kisolokele, en lui donnant un crayon, un stylo et un cahier pour dire
qu’il
allait travailler dans l’administration de l’Etat.
En outre, peu avant la fin
de sa mission, il y rencontra Jésus-Christ qui lui
dit : « dans
les jours à venir, les enfants n’honoreront plus
leurs parents et
inversement ». Cette nouvelle lui avait
causé de la peine qu’il avait
directement posé ses mains sur sa tête, et
marchant jusque là où se trouvaient
ses disciples, qui lui avaient demandé
que s’est-il passé ? Ce dernier leur
raconte son entrevue avec
Jésus-Christ.
Dans
l’entre temps, les patrouilles sillonnaient de temps en
temps pour tenter de le capturer, alors que sa présence
était signalée ça et là
jusque vers Madimba. « C'est au cours de cet
épisode que le mouvement se
teinta de xénophobie et d'hostilité à
la colonisation ([2])».
Il va de soi que le retrait de Kimbangu de N’kamba
établi une phase
déterminante, puisque la majeure partie de
révélations qu’il a
annoncées à
Mbanza Nsanda sont d’actualité. En
présence de ses disciples, entre autres :
-Emile
Zola ;
-Mikala
Mandombe ;
-André
Mbaki ;
-Matufueni ;
-Lenge ;
-Mbeya ;
-Mata ;
-Batoba
Samson ;
-Kinvilakani ;
-Mfinangani ;
-Nzungu ;
-Simon
Nsungu ;
-John
Lumbuene.
Simon Kimbangu leur
dit ([3]):
« -L’esprit
m’a révélé que mon
arrestation est
imminente, l’autorité coloniale va me
détenir longuement mais elle ne saura
détruire mon œuvre étant
donné qu’elle vient de Dieu ;
-Alors
une période des persécutions pour
moi-même et bien
d’autres personnes encore débutera avec
mon arrestation, cependant il faudrait persévérer
dans les prières car
le Seigneur ne nous délaissera jamais ;
-En
dépit de persécutions que
l’autorité nous infligera,
nous sommes tenus de l’aimer car cela est conforme
à l’évangile ;
-Même
si, nous sommes persécutés aujourd’hui,
néanmoins le
moment viendra où les Noirs deviendront
des Blancs et réciproquement ;
-Dans
les années à venir, seules les actes de
puissances convaincront le monde de
l’existence de Dieu. Alors la prophétie
d’Esaïe concernant la descente de
l’esprit de Dieu sur toute chair s’accomplira
à cette époque ;
-Plus
tard, il sera construit un temple gigantesque à
N’kamba au moment fixé par le Seigneur, son
intérêt spirituel sera noble pour
notre pays, pour toute l’Afrique et pour le monde
entier ;
-Je
vous laisse la bible. Méditez-la en temps et lieu ;
-Mettez
en pratique les commandements de Dieu ;
-Le moment
viendra où tous ces tourments s’estomperont. Nous
célébrerons le nom de Jésus-Christ
paisiblement, rejoint par les enfants de
Dieu venus du monde entier ;
-Je
remercie toutes les personnes qui se sont jointes à moi
pour accomplir cette œuvre du Seigneur. Je ne peux les
récompenser car c’est du
Seigneur que vient la rétribution ; […],
».
Ces
prophéties du 10
septembre 1921 ont mis un terme à sa retraite.
C’est comme ça qu’il avait
résolu de rentrer aisément à
N’kamba où l’autorité
coloniale le recherchait.
Cette
date événementielle attribuée
à la FAKI n’est pas
corrélée avec l’histoire de la
création ([4]) de
ce groupe musical. Puisque l’idée de la
création de la fanfare kimbanguiste remonte toujours pendant
la
clandestinité du mouvement kimbanguiste, lorsque celui-ci
était encore dirigé
par maman Muilu Kiawanga Marie, épouse de papa Simon
Kimbangu. Cette idée de la
création d’un groupe musical relève de
papa Diangienda Kuntima Joseph depuis
1958. Alors qu’il était encore fonctionnaire dans
l’administration coloniale
belge.
En
fait, ce projet, né dans la
clandestinité était confié
entre les mains de papa
Masala Nlandu Antoine, avec la
supervision bien sûr de papa Diangienda qui
lui-même était musicien depuis la
colonie scolaire de Boma où il était
relégué par les Belges en 1934. Sur la
recommandation de son promoteur, papa Masala Antoine avait
procédé aux recrutements des jeunes
gens pour la formation d’un groupe qui deviendra
incontestablement un
instrument puissant du département
d’évangélisation de l’Eglise
après la
reconnaissance officielle de l’Eglise.
Notons
que papa Masala avait contacté d’abord papa
Kusutiko,
qui était propriétaire de quelques instruments
pour son bar surnommé Bango-Bar
dans la commune de Barumbu. A cette époque, papa Masala
Nlandu habitait encore
sur la rue Mampano n°24 dans la commune de
Ngiri-Ngiri. Ainsi tout le
soir, il jouait à son accordéon devant sa maison.
Ensuite,
un autre musicien tubiste, Matuka Pascal, sera
aussitôt informé de la création
d’un groupe musical. Il intéressera à
son tour
son ami Jean Ster de la localité de Nkamba, qui
lui était à cette période un
ancien musicien
d’orchestre.
Papa Maurice
Mabuana
proche collaborateur de Jean Ster et
ancien musicien également rejoignit enfin
l’équipe
précédente. En tout état de
cause, la
première répétition
eut lieu le 13 octobre 1957 dans la commune de Barumbu dans le bar de
Jean Ster
toujours en pleine clandestinité.
Il
s’avère que la
première équipe des musiciens était
composée des volontaires dont les noms
suivent :
-
Papa Masala Nlandu Antoine ;
- Papa Ster
Jean ;
- Papa
Mabuaka Maurice ;
- Papa
Patuka Pascal ;
- Papa
Nkalanvuila ;
- Papa
Makiadi Ferdinand ;
- Papa
Tekasala Pierre ;
- Papa
Matuka Pascal ;
- Papa
Nvuwulu Victor ;
- Papa
Nsakuameso Raphaël ;
- Papa
Luvuezo Jacques ;
- Papa
Mbiyavanga Ernest ;
- Papa
Lukembisa Saül ;
- Papa
Nlandu Faustin ;
- Papa
Kimbuta Pierre.
Au
début, tout le répertoire était
presque profane. Pour ses
raisons personnelles, papa Jean Ster va
suspendre des répétitions dans son bar. Papa
Masala en informera de suite papa
Diangienda, puis la résidence de papa Masala Antoine sur
Masimanimba n°32 dans
la commune de Kasa-Vubu ex Dendale deviendra le lieu des
répétitions régulières
en compagnie de papa Waku Etienne et papa Walukidi Alexandre.
Un
jour, papa Diangienda surprendra des musiciens vers 18
heures à la répétition. Son souci
était de savoir le nombre de cantiques
déjà
appris et surtout l’évolution de cette
fanfare
embryonnaire. Dès son arrivée, un
morceau de cantique était exécuté en
sa présence, il s’agit :
« Nkuikidi
mungeye mfumu ame… : Je crois en toi mon
Seigneur… »
Papa
Diangienda les
avait accompagné avec un instrument de Tuba et
avait fini par les congratuler et
par bénir tous les instruments qui se
trouvaient sur place et avait
instruit papa Masala Antoine de toujours
continuer à bien encadrer le groupe et
leur
avait promis l’acquisition
d’autres instruments. Toutefois, avant de les
quitter, il avait lancé une invitation
à
son domicile en septembre 1959 aux
musiciens trouvés sur place.
Par
ailleurs, un autre groupe de musiciens avait été
recruté
pour consolider la fanfare kimbanguiste (FAKI),
entre autres :
-
Papa Masamba Edouar ;
- Papa
Matata Joseph ;
- Papa Tebo
David ;
- Papa
Nzongo Martin ;
- Papa Kiadi
Marcel ;
- Papa
Maisokolua Simon ;
- Papa Ntuku
Simon ;
- Papa
Valakolele Antoine ;
- Papa
Lunkiesa Maurice ;
- Papa
Bukaka Paul ;
- Papa
Nsimba Emmanuel ;
- Papa
Banona André ;
- Papa
Mukoko pierre, etc.
Bien
que la sortie
officielle de cette
fanfare naissante ait été
intervenue le 20 décembre 1959
à
Léopoldville, actuelle ville Kinshasa. Mais ce groupe
d’avant-garde a enthousiasmé les
fidèles lors
des funérailles
de maman Muilu Kiawanga Marie le 27 avril 1959
à Nkamba.
Il
est manifeste que la FAKI ne comptait que des jeunes gens
à ses débuts, mais actuellement, elle compte
aussi bien des enfants, des femmes
que des hommes. La fanfare reste surtout
très attachée du Chef spirituel et
représentant de l’Eglise, qui est
considéré
comme le chef suprême de cette organisation.
Considérée comme la ceinture du
chef spirituel du fait qu’elle l’accompagne dans
tous ses voyages pastoraux,
pour servir de clairon comme le soulignait papa Diangienda dans son
message du
23 mars 1988.
Bref
pour le
cinquantenaire de la création de la fanfare
kimbanguiste, l’Eglise kimbanguiste honore la disparition
de papa Masala Antoine, surnommé papa
Mao pour la
réussite de l’établissement
d’un
grand groupe dont les ramifications sont devenues internationales.
Puisque là
où se trouve la FAKI, c’est la jubilation
parfaite
des fidèles
exaltés dans un univers céleste indescriptible.
La FAKI
est l’un de
groupe instrumental de l’Eglise qui répond au
livre de
Psaume de David 150
intitulé : Louange suprême à
Dieu.
Citons : « Louez
l’Eternel !
Louez-le
dans l’étendue, où éclate sa
puissance !
Louez-le au
son de la trompette !
Louez-le
avec le luth et la harpe !
Louez-le
avec le tambourin et avec des danses !
Louez-le
avec les instruments à cordes et le
chalumeau !
Louez-le
avec les cymbales sonores !
Louez-le
avec les cymbales retentissantes !
Que tout ce
qui respire loue l’Eternel !
Louez
l’Eternel ! ».
En
cette date, l’Eglise se souvient de Mbanza Nsanda
comme terre de
grande révélation non seulement de Simon
Kimbangu, mais aussi celle du 16
septembre 2003 lors de la réhabilitation de ce site
historique par l’actuel
chef spirituel et représentant légal de
l’Eglise kimbanguiste en ces termes :
«
Au nom du
Père, Fils et du Saint-Esprit. Nous avons beaucoup
de joie. Nous remercions ceux qui sont
venus de Congo Brazzaville, Ceux de l’Europe notamment de
Saint–Denis, de
Kinshasa, qui sont venus massivement, ceux qui sont venus du Congo et
de
partout. C’est vrai qu’il est difficile nous sommes
venus
dans une route
impraticable, mais nous avons quand même accepté.
Certains
sont venus à pied, c’est
également difficile.
Néanmoins nous
avons accepté de venir à Mbanza Nsanda. Ce voyage
est
très significatif. Nous
prendrons le chemin de retour, mais des gens vont demander, Mbanza
Nsanda a dit
quoi ? Mbanza Nsanda a dit ceci : dans les jours
qui
viennent. Les cantiques de lamentations
s’estomperont et les gens connaîtront que du
bonheur,
puisque Dieu a déjà pensé
à nous
depuis longtemps. La venue
de papa Simon Kimbangu Kiangani, le Saint-Esprit. C’est pour
accomplir les promesses de Dieu. Vous avez entendu
(compris),[…]».
Cette
révélation de
la personnalité divine de Simon Kimbangu Kiangani est une
affirmation du
mystère de la réincarnation de Simon Kimbangu, le
Saint-Esprit, vérité qui prouve que la
victoire est
certaine
pour ceux qui se confient en lui, et qui
sont derrière lui en le suivant aveuglement car la
cause
est juste. C’est
aussi une manière de confirmer qu’il est
omniprésent, omnipotent, omniscient,
alpha et l’oméga.
Preki France - Paroisse de Saint-Ouen, 06 juin 2008
[1].
ISIDORE NDAYWELL E
NZIEM, ISIDORE NDAYWEL è NZIEM, Histoire
générale du Congo, Bruxelles, 1998.
p.416.
[2].
ISIDORE NDAYWELL, op. cit. p.417.
3. J. DIANGIENDA KUNTIMA,
Histoire du
kimbanguisme, éd., kimbanguistes, B.P.7069, Kinshasa I,
Zaïre, 1984.
[4]
. Les éléments de
l’histoire de la création de la FAKI
nous ont été donnés par
la direction de la Fanfare Kimbanguiste
paroisse
Saint-Ouen à Paris que nous tenons aussi à
remercier de tout cœur.
|
|